Douglas Scholes

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Esthétique à l’œuvre en quatre temps / Working the pragmatic aesthetic in four parts
L’esthétique pragmatique se réfère à l’apparence intrinsèque et évolutive des choses, des objets et des structures de notre environnement; à ces apparences dont la dynamique inhérente est due au passage du temps. Elle trouve son évidence à travers les états temporels de plusieurs éléments de notre société contemporaine. Par exemple, l’apparence d’un édifice nouvellement construit se transforme par la simple accumulation de saleté sur sa surface. Une clôture fraîchement peinturée se ternira sous l’exposition des intempéries. Des herbes pousseront à travers l’asphalte et la  poussière s’accumulera sur un abat-jour. Des terrains en friche seront envahis par les plantes semées par le vent. Tous les rebuts et détritus qui jonchent notre quotidien dénotent un abandon, une absence d’attention. Je suis fasciné par le fait que l’apparence d’un objet puisse se façonner tout autant par l’effet d’un abandon que par des actions d’entretien qui seraient mises en œuvre pour inverser des signes de négligence; par la dichotomie qui existe entre les gestes de maintenance et de détérioration et par la réaction inévitable, habituelle et prévisible, de l’un sur l’autre.
Douglas Scholes

 
Esthétique  à l’œuvre en quatre temps / Working the pragmatic aesthetic in four parts  est un projet qui met en lien des notions d’art et d’entretien en explorant une esthétique mise à l’épreuve par les forces entropiques à l’œuvre dans l’environnement et construite par la répétition de gestes artistiques éphémères qui génèrent un investissement d’énergie réparatrice et une transformation subtile du paysage. Cette exploration d’une esthétique pragmatique soutient une réflexion sur les concepts d’instabilité, de transformation, d’actions routinières et d’entretien quotidien.
 
Le projet est structuré en quatre étapes réparties à chaque saison du cycle annuel, au cours desquelles l’artiste effectue différents types d’actions, fixe ou transitoire, dans la ville. La première étape a eu lieu en août 2010 et consistait à marcher quotidiennement un parcours de 13.6 km situé entre les limites de la ville et à recueillir des ordures et des débris en bordure de la route, pour les remplacer par des répliques, méticuleusement fabriquées avec de la cire d’abeille. L’automne suivant, l’artiste accomplissait des opérations d’entretien sur une friche urbaine: balayer la poussière, dégager les débris accumulés et les mauvaises herbes, ramasser les feuilles mortes, etc. La troisième étape s’est jouée sur ce même site, dans un cadre hivernal, par des opérations de nettoyage et de déblayage de la neige. La superficie du site fut traitée comme une grande surface bidimensionnelle dont la beauté intrinsèque est révélée par l’utilisation manuelle de balais et de pelles. Sur la surface devenue propre, un «monument» provisoire constitué d’une accumulation de répliques d’ordures en cire commémorait les résultats éphémères des opérations. Le projet s’est terminé au printemps 2011 par des actions similaires aux marches de l’été 2010.
 
En parallèlle à ces actions, Douglas Scholes se rendait au garage municipal matin et soir, pour y poinçonner sa carte de travailleur et échanger quelques réflexions sur le labeur quotidien, avec les employés des travaux publics. Trois installations, constituées de dessins, de bandes vidéo et d’objets relatant l’évolution des manœuvres en cours, ont été successivement présentées à l’automne 2010, ainsi qu’à l’hiver et au printemps 2011, dans la cafétéria des travailleurs municipaux.

Douglas Scholes détient une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et un baccalauréat en sculpture, de l’Université Lethbridge en Alberta. Depuis 1994, son travail a été présenté au Québec, en Ontario et en Alberta, et plus récemment, à la Southern Alberta Art Gallery (Lethbridge, Alberta, 2009) et au MacLaren Art Center (Barrie, Ontario, 2008). En 2008, il a participé à des expositions de groupe au Art City Festival (Calgary, Alberta) et en 2009, à la galerie Leonard & Ellen Bina (Montréal) avec le collectif d’artistes Centre de recherches urbaines de Montréal (CRUM) dont il est membre depuis 2000. Il a été impliqué dans les activités du centre d’artistes Dare-Dare (Montréal) de 2005 à 2010.
 
http://esthetiquep.wordpress.com/
http://www.dougscholes.ca/

Ce projet de Douglas Scholes a été réalisé du 15 mars 2010 au 28 mai 2011 dans le contexte du cycle d’exploration L’envers de l’endroit, un programme de résidences de création, de coproduction et de diffusion en art infiltrant du 3e impérial, centre d’essai en art actuel.

Résidence en art infiltrant

Séjour de prospection
15 au 21 mars 2010
 
Séjours de coproduction + actions infiltrantes
- actions transitoires 
: 12 au 18 août 2010/ 22 au 28 mai 2011
Marches d’une distance de 13,6 km, le long de la route 112 aux limites précises de la ville de Granby (Québec), pour recueillir des ordures et débris et les remplacer par des répliques en cire d’abeille.
- actions fixes : 20 au 26 octobre 2010/ 13 au 19 février 2011
Actions d’entretien sur un site localisé : balayage, déblayage, désherbage, nettoyage, etc.

Auteur en résidence associé au projet : Denis Lessard

Événements

Célébration du projet

Jeudi 26 mai 2011 à 16 h30
Lieu : au garage municipal de la Ville de Granby (Québec)

Samedi 28 mai 2011 à 16 h
Lieu : au 3e impérial, centre d’essai en art actuel, 164, rue Cowie, Granby (Québec)


Équipe : Danyèle Alain, direction générale et artistique / Yves Gendreau, direction technique et administrative / Patrick Beaulieu, soutien aux artistes, assistance aux communications, à la technique, à la médiation / Cloé Alain, assistance à la coordination / Stéphanie Lagueux, infographie et site web
 
Conseil d’administration : Caroline Boileau, Julie Bélisle, Murielle Dupuis-Larose, Gilles Prince, Aline Poulin, Karen E. Spencer, Dominic Marcil.
 
Remerciements : La direction et l’équipe des employés du garage municipal de la Ville de Granby.
 
Partenaires financiers : Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), Conseil des Arts du Canada (CAC), Ville de Granby.
 
Photos : © Douglas Scholes, 3e impérial, centre d’essai en art actuel