Forum Diffusion diffuse

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Forum Diffusion diffuse
551 rue Stanley, Roxton Pond, Québec
Dans l’ex-usine Stanley Tools
19 mai 2001
 
Du crépuscule à la nuit noire, une nuit de la parole et des sens pour revisiter les contours de visibilité des pratiques actuelles de l’art.
 
Repenser les effets d’art par le regard des sciences humaines. Retrancher dans le vif du sujet, sculpter le paysage, objet éminemment politique. Ancestral/autochtone; labeur/labour; patrie/patrimoine : réhabiliter l’habitant. Amplifier les conditions singulières de visibilité, de circulation et de valorisation des pratiques d’art actuel qui privilégient les processus d’art relationnel. Les conférenciers seront porteurs d’éclairages actualisés des sciences humaines.
Ronald Richard
 

ARTISTES ET COMMUNICATEURS INVITÉS

Espace théorique
Ronald Richard, artiste (Beauce, Québec)
Andrée Fortin, sociologue, professeur et auteure (Québec, Québec)
Pascale Galipeau, ethnologue (Montréal, Québec)
Paryse Martin, modératrice (Québec, Québec)
 
Espace poétique
Jean Morisset, poète et géographe (Montréal, Québec)
Daniel Poulin et Luc Beauparlant, artistes (Hautes-Laurentides, Québec)
 
Art Action
Suzanne Joly (Joliette, Québec), intervention sonore avec la participation de Martin Poitras et Christian Ravenelle (Granby, Québec)
Alain-Martin Richard (Québec, Québec), Boîte de nuit et Constellation
Les ateliers Touttout, collectif (Chicoutimi, Québec) Soupe aux étoiles

COMPTE-RENDU

Inspirés par le concept de géographie de la nuit du géographe et auteur Luc Bureau, le forum Diffusion diffuse s’est déroulé à partir de la brunante, dans et autour d’une usine désaffectée du village de Roxton-Pond. L’événement se déroulant dans la pénombre la plus complète, les participants étaient invités à apporter leurs propres sources d’éclairage. Animé par Paryse Martin, le forum était structuré en trois espaces-temps : espace théorique, espace poétique et art action.
 
Andrée Fortin a livré une réflexion sur les multiples apports qui déclinent le couple art/société et fécondent les pratiques des artistes. Pascale Galipeau a examiné certains contextes controversés de l’art actuel. Jean Morrisset a adouci la nuit de sa prose poétique. Un débat eut cours. Suzanne Joly, Christian Ravenelle et Martin Poitras ont recueilli intégralement les sons et les vibrations des échanges entre les participants à l’aide d’un sismographe et de capteurs sonores. À la toute fin du forum, les sons ont été retransmis dans un cylindre, opérant ainsi une transmutation de ce qui était émis, portant ainsi un regard autocritique sur l’idée même de diffusion au cœur de cette nuit noire.
 
Les ateliers Touttout représentés par Guy Blackburn, Yves Tremblay, Carl Bouchard, Claudine Cotton et al, ont servi une soupe aux étoiles, une « soupe concept » commandée spécifiquement pour l’événement. Daniel Poulin et Luc Beauparlant ont commis un acte d’art, en réactivant le mythe de la création du feu. Alain-Martin Richard a réalisé une installation, la performance Constellation et la manœuvre Boîte de nuit, amorcée une semaine avant l’événement, dans le village de Roxton-Pond.
 
 
BRUIRE COMME UNE LUCIOLE
 
Voici un extrait du texte Bruire comme une luciole, d’Alain-Martin Richard, paru dans la publication Supra rural 2000-2001, 3e impérial, centre d’essai en art actuel, 2003, p. 31-35.
 
En tant que concept, la nuit est un mythe. Elle n’a de réel que son rapport à la littérature et au temps révolu. Comment comprendre la nuit sinon sur le mode poétique ? Il ne fait plus nuit nulle part; dès avant le crépuscule, les capteurs d’obscurité allument les réverbères d’un bout à l’autre du territoire.
 
[…] Les instants « supraruraux » de Roxton-Pond se sont immiscés dans cette fausse nuit pour en explorer la teneur. Nous avons envahi l’usine désaffectée de la Stanley Tools dans ses contours estompés. Masse sombre enclavée dans un village troué, nous avons utilisé l’usine comme un espace latent. Fonctions détournées, toutes fenêtres closes, nous nous sommes enfournés entre les odeurs d’intimité contrainte, de moisissure, de vieille poussière stratifiée. Ici, cette nuit, devions-nous nous transformer en oiseaux de nuit. Il fallait oser marcher derrière l’édifice, fouler l’herbe humide vers les sons de tambours de Suzanne Joly, il fallait contourner le feu de bois dans sa cuve, il fallait marcher à tâtons le long des bandes incandescentes réparties dans les couloirs de la Stanley. Non pas que la nuit soit revenue, mais plutôt comme le seul fait d’essayer encore une fois de ne plus en faire abstraction, de la prendre en charge à nouveau, de la « déconjurer », de l’investir encore une fois de sa lenteur, de sa moiteur inquiétante, de sa complicité avec l’oreille, avec le nez, avec la peau. Nous étions si peu nombreux et cependant, me semble-t-il, si heureux de nous fréquenter à nouveau dans le noir, de percevoir une lueur là-bas, de glisser vers des billes phosphorescentes d’abord nourries aux lumens électriques avant d’affronter seules la nuit pour se déployer en constellations inouïes dans le bruit du chaos réinventé. Il y avait ici des rituels tout simples issus du rapport banal de nos sens à la noirceur fugitive. Étrangement, la nuit, même déchirée de phares inutiles, impose une espèce de rythme chancelant, une lenteur circonspecte mêlée de curiosité et de lassitude. Pas de clameur ici, pas de détonation tonitruante, nous étions installés dans le silence de la cascade, des rares automobiles, du crépitement, de l’indispensable crépitement du feu, dans le silence de nos frottements de pieds sur les planchers de bois mou. Puis rires et phonèmes épars échappés entre des bols de soupe épars, ou encore petite joie sournoise devant la police, bonne nuit la police, et encore petite fête galeriste devant la nouvelle boîte de nuit du village d’Alain-Martin, à boire de l’hydromel au coin d’un terrain vague, ancien stationnement devant ladite masse de pierres brunes où jadis on fabriquait des outils. Nous étions dedans et dehors, circulant entre la nuit étalée sous le ciel et la nuit comprimée dans la bâtisse. […] Nous étions ombres et vacillements, reclus chacun dans sa nuit, portés au fond de soi, postés jusqu’à l’autre dans les effleurements accidentels. Accidentels ?

ÉQUIPE DE PRODUCTION DU FORUM

Codirection artistique : Danyèle Alain, Yves Gendreau, Alain-Martin Richard, Ronald Richard
Coordination : Danyèle Alain
Logistique et direction technique : Yves Gendreau
Aide technique : Guy Robert, Christian Ravenelle, Clôd Desjardins