Forum L'objet retourné

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Forum L’objet retourné
310, boul. Langelier, Québec (Québec)
6 - 7 - 8 juin 2008
en association avec Manif d’art 4, La Biennale de Québec
 
Déterminé à jouer son rôle d’acteur, d’animateur et de prospecteur d’art, le 3e impérial centre d’essai en art actuel propose le forum L’objet retourné pour explorer le sens, le rôle et le statut de l’objet dans les pratiques d’art actuel. Depuis de nombreuses années, les historiens de l’art postulent sur le processus de dématérialisation qui traverse la production artistique contemporaine, en devisant sur un devenir de l’art affranchi de l’objet. Le forum porte justement sur cette supposée disparition de l’objet d’art, et compte mettre l’hypothèse de cet effacement à l’épreuve des pratiques actuelles.

Sur l’affiche, un tiroir rempli d’objets hétéroclites qui renvoient chacun aux activités courantes du quotidien. Outils, accessoires de cuisine, jouets, aliments, réveil, livre, calculatrice, bâton de colle… Le forum sur L’objet retourné, organisé par le 3e impérial du 6 au 8 juin 2008 à Québec, plaçait donc l’objet comme « matière à discussion ». Retourné dans le sens d’inversion, mais retourné aussi comme dans le mot « retour », le retour de l’objet refoulé. À la suite du questionnement soulevé par les pratiques infiltrantes et manœuvrières du 3e impérial, où l’objet perd sa certitude, ce Forum entendait placer le débat précisément dans l’objet. Il fallait dès lors le définir, le circonscrire, en montrer les dimensions insoupçonnées et surtout explorer les sens qu’il revêt à travers ses manifestations polymorphes et ses métamorphoses. Extrait d’un article d’Alain-Martin Richard dans la revue Inter, art actuel (Québec, Québec), septembre 2009.
 

ARTISTES ET COMMUNICATEURS INVITÉS

Animation des débats
Alain-Martin Richard
 
Animation des ateliers de discussion
Jacqueline Bouchard, Guy Sioui Durand, Thomas Grondin, Massimo Guerrera
 
Interventions artistiques
Patrick Beaulieu
Women With Kitchen Appliances : Mathilde Géromin, Dagmara Stephan, avec la participation de Danyèle Alain et Caroline Gagné.
Collectif 3e impérial : Danyèle Alain, Martin Dufrasne, Caroline Gagné, Thomas Grondin, Ronald Richard 
 
Interventions théoriques
Guy Blackburn, artiste (Chicoutimi, Québec), Ève Cadieux, artiste (Québec, Québec), Florence de Mèredieu, philosophe et historienne de l’art (Paris, France), Martin Dufrasne artiste (Montréal, Québec), Geneviève Goyer-Ouimette, responsable de la collection Prêt d’oeuvres d’art, MNBA (Québec, Québec), Patrice Loubier, critique et historien de l’art (Montréal, Québec), Lisanne Nadeau, historienne de l’art (Québec, Québec), Stephen Wright, philosophe et critique (Paris, France)

COMPTE-RENDU

Lisanne Nadeau - L’objet en fuite : multiplication, extension, médiation
C’est à une entreprise de définition rigoureuse du mot objet que s’est livrée Lisanne Nadeau dans sa communication. Pour y arriver, l’historienne a choisi de structurer sa présentation en 3 chapitres : anecdotique, nostalgique et historique, apportant, au fil de son argumentaire, des précisions sur ce qu’est un objet et sur ce qui ne l’est pas. Lisanne Nadeau a amorcé son inventaire par l’évocation d’un souvenir personnel. Celui-ci s’est déroulé lors de la célébration du Jour de l’An entre amis, autour d’un jeu cocasse. L’exercice consistait à apporter un objet insolite dont le nom commence par la lettre E. Les convives ont apporté : une empreinte buccale, une épingle, un morceau d’étain, un économe (pèle-patate), un échantillon d’urine. Ce qui devait être une activité ludique, prétexte à la discussion, s’est avérée plutôt source de débat sur le concept même d’objet. Tour à tour, chacun des artefacts apportés s’est vu refusé par l’historienne de l’art le statut d’objet; créant par le fait même un tollé parmi les joueurs. C’est donc par le truchement d’une anecdote que Lisanne Nadeau établit les premières conditions de sa définition d’objet. Jamais il ne pourra être une empreinte, une trace, informe, ustensile ou infiniment petit.
 
L’historienne de l’art, a par la suite enchaîné avec le volet nostalgique, nous resituant dans le contexte d’une pensée formaliste; en 1984, année où elle prononce une conférence sur la notion d’objet, liée à la lecture du travail de l’artiste Sylvie Gagné. Toujours avec le même objectif de transmettre une définition claire d’objet aux participants du forum, Lisanne relève un exemple bien connu, tiré de l’histoire de l’art conceptuel dans lequel Robert Morris et Tony Smith s’entendent pour établir que la notion d’échelle joue un rôle déterminant dans la définition d’un objet. Ainsi, au delà de l’échelle humaine Il y aurait le monument et en deçà : l’objet. Lisanne Nadeau résume finalement en énumérant les principaux critères définissant l’essence d’un objet soit: L’échelle, la forme physique définie, la résistance physique, la clôture et l’opacité.
 
En guise de conclusion et pour établir un lien avec des pratiques d’art actuel qui convoquent les notions d’objet, elle intègre des exemples issus de la Manif d’art 4 —elle en était commissaire— en citant notamment les oeuvres des artistes Franck Bragigand et Serge Murphy. Elle tissera aussi un lien avec les pratiques artistiques soutenues par le 3e impérial en relatant le projet espace de réfection d’Ane-Marie Fortin, pour illustrer comment les artistes utilisent et subliment les objets dans leurs oeuvres.
 
Ève Cadieux - Les Antres [Granby]
Partant de son plus récent projet d’installation photographique, Les Antres [Granby], réalisé lors d’une résidence au 3e impérial en mai 2008, Ève Cadieux trace un bilan de sa démarche créative et relève que dans sa pratique tout est à proprement parler OBJET. L’artiste —qui se définit personnellement comme une collectionneuse— nous fait voir, à travers plusieurs images d’oeuvres antérieures, à quel point les notions d’attachement, de mémoire et d’identité sont récurrentes et traversent l’ensemble de son travail.
 
Éve Cadieux évoque son intérêt pour l’écriture et notamment pour les récits qui prennent la forme de journal personnel ou de carnet de voyage. Elle trace un parallèle entre le pouvoir d’évocation qu’ont les objets, leur capacité de suggérer un témoignage et leur habileté à jouer le rôle de relais et de clés; les objets lui permettant d’accéder à l’individualité, à la personnalité et à la singularité des sujets humains qu’elle photographie. Elle tisse des liens entre sa démarche artistique et les procédés d’enquête de l’ethnologie et de la sociologie. Dans le même sens, elle  souligne que dans sa démarche de photographe il y a un souci scientifique et une rigueur documentaire, pour traduire le plus fidèlement possible les objets qu’elle photographie. Ève Cadieux privilégie encore —au détriment du numérique, et pour son exactitude— la technologie de caméra réflex sur pellicule film. Pour conclure sa présentation, l’artiste a révélé comment son plus récent projet —réalisé au 3e impérial— a opéré un changement dans sa pratique. Celui-ci a réveillé chez elle, un intérêt nouveau pour le portrait et le sujet humain.
 
Guy Blackburn - Collection de grandes colères et de désapprobations
D’entrée de jeu, Guy Blackburn a tenu à exprimer son malaise vis-à-vis du terme OBJET, qu’il trouve équivoque et dénué de charge symbolique. L’artiste dénote et reproche dans l’utilisation de ce terme, une forme de «démission» et de «déresponsabilisation» du créateur en regard à son rôle essentiel : celui d’être un producteur de sens qui représente ou nomme le réel autrement. Blackburn a donc tenu à préciser et affirmer qu’il ne produisait pas d’objet mais qu’il créait bel et bien des oeuvres.
 
Suite à cette introduction, Guy Blackburn a enchaîné en évoquant son plus récent projet : La Collection de grandes colères et de désapprobations qu’il réalise conjointement avec le support du 3e impérial. Essentiellement, cette oeuvre est un relevé public de désapprobations et de colères de certaines conceptions éthiques du monde. Elle opère par une mise en relation de l’artiste avec des personnalités publiques pour construire une œuvre. Les personnalités publiques choisies par l’artiste seront appelées à identifier —parmi l’ensemble de la littérature existante—un texte qui suscite chez eux une colère, à chiffonner consciemment la feuille de papier sur laquelle est inscrit ce texte et à retourner à l’artiste la boulette de papier et une version non-altérée du même texte. Guy Blackburn intégrera ces matériaux à l’ensemble d’un large dispositif —la Collection de colères et de désapprobations— qui sera exposé dans une institution muséale.
 
Cette vaste entreprise, encore en chantier, offrait une métaphore idéale pour aborder les notions de dématérialisation de l’oeuvre d’art et pour entrevoir comment la notion même de matériau peut être encore revisitée. L’artiste pose la question : la colère et la notoriété peuvent-elles être des matériaux?
 
Florence de Mèredieu - De Marcel Duchamp à Jeff Koons et à l’art robotique : La valse des objets ménagers
L’objet et l’ustensile ou —plus précisément— l’objet ménager, ont une histoire lourde de sens. Partant du ready-made de Marcel Duchamp (le porte-bouteille acheté au BHV en 1914), Florence De Mèredieu a développé une «Petite histoire de l’objet ménager», dans laquelle elle a revisité les sculptures de Picasso, la pince à linge géante d’Oldenburg, les ménagères au caddie de Duane Hanson, l’hypermarché imaginé en 1976 par Edmund Alleyn, les frigidaires de Lavier, les Accumulations d’Arman, les aspirateurs de Jeff Koons, les objets d’Haim Steinbach et même la lessiveuse automatique de Diane Landry présentée lors de la Manif d’art 4.
 
Si détourner l’objet ménager représentait pour Duchamp un enjeu esthétique, nous sommes actuellement à même de se demander si un curieux effet de boomerang ne s’est pas produit dans le courant du XXe siècle, les objets d’art ne parvenant pas à se détacher tout à fait de cette sphère de l’utile avec laquelle ils entendaient bien prendre quelque distance.
 
Patrice Loubier - L’objet du délit : L’œuvre entre don et intrusion
Patrice Loubier démontre combien depuis quelques années, les artistes développent des tactiques d’infiltration toujours plus audacieuses, qui amplifient le potentiel d’irruption déjà présent dans l’art d’intervention.
 
Le Britannique Mathew Sawyer, par exemple, glisse dans les poches d’inconnus croisés dans la rue des extraits de chansons pop retranscrits à la main («It’ll all Come Out in the Wash»). Lors de ses trajets en transports publics, le Canadien Geoffrey Farmer rédige in situ des poèmes et les offre aux passagers qui les ont inspirés («Notes to Strangers»). En ciblant ainsi un « spectateur involontaire » chaque fois unique et singulier, ces artistes délaissent une forme de médiation et de visibilité tributaires de l’espace public et d’un contexte d’exposition. Dans ce type de pratique, l’œuvre ne se contente plus d’être offerte au regard du public, attendant qu’on y pose les yeux: elle fait activement intrusion dans la sphère privée d’autrui. L’objet, ici, s’impose au destinataire comme fait accompli d’une présence inopinée que celui-ci n’a ni prévue, ni voulue. Offrande intempestive adressée à des inconnus, l’œuvre se présente alors comme un don et une effraction.
 
Martin Dufrasne - S’objecter à l’objet ?
L’intervention de Martin Dufrasne visait à alimenter la réflexion et le débat sur la place de l’objet dans les pratiques d’art actuel, à partir d’exemples concrets. L’exercice visait à rendre explicite le fait que, même dans pratiques d’art dites dématérialisées, les artistes ont recours à des objets qu’ils recyclent, produisent ou détournent. C’est à travers une sélection pléthorique de références visuelles —plus de 70 images— de projets d’art infiltrant réalisés dans le cadre de divers programmes de résidence du 3e impérial, sur une période de dix années qu’il trace les lignes de force qui recoupent les démarches des artistes cités. Ce vaste inventaire a permis d’entrevoir combien les objets sont variés, comment ils jouent des rôles différents et sont intégrés dans diverses étapes du processus de l’œuvre.
 
C’est sous forme de catalogue qu’il a dressé cette liste de projets. Créant une nouvelle taxinomie pour classer les types d’objets, en s’appuyant sur des dénominateurs communs reliant des oeuvres d’artistes différents. Martin Dufrasne a donc repertorié douze modes d’apparition de l’objet dans les projets d’art infiltrant recensés. Ils se traduisent comme: objet-nomade, objet-récit, objet-relais, objet-monument, objet-miroir, objet-mémoire, objet-signal, objet–empreinte, objet-greffe, objet détourné, objet-virtuel, objet-mobilier urbain.
 
Geneviève Goyer-Ouimette - Une collection en transit, la collection Prêt d’œuvres d’art
La responsable de la collection Prêt d’œuvres d’art du Musée national des beaux-arts du Québec a axé sa présentation sur l’impact de la transformation des pratiques en art actuel sur le type d’œuvres introduites par les jurys dans la collection.
 
L’objet d’art s’est métamorphosé et devient parfois un objet qui conserve en lui la trace de pratiques comme celles de la performance, de l’art relationnel, de l’art d’intervention ou encore de l’installation in situ. Par conséquent, les définitions pour circonscrire ces pratiques, pour les contenir, deviennent souvent poreuses puisque la frontière entre « l’objet témoin » et « l’objet document » est souvent mince. Plusieurs œuvres de la CPOA sont exemplaires de ces nouvelles formes de création, dont celles de Sylvie Tourangeau et du duo Carl Bouchard et Martin Dufrasne, de Sylvie Cotton, de Mathieu Beauséjour et de Michel de Broin.
 
La perception de l’œuvre d’art par les locateurs de la collection Prêt d’œuvres d’art se transforme. Ce changement du regard sur l’œuvre est lié à deux facteurs importants, soit le contexte de présentation des œuvres en milieu de travail et le fait que les œuvres soient choisies par les gens dans un contexte de représentation. Ainsi, certaines œuvres sont devenues de véritables emblèmes de la mission d’un organisme, d’autres le reflet d’une personnalité forte, d’autres l’élément humanisant d’un espace désincarné ou encore la preuve du statut hiérarchique d’un individu. Ces lectures nous apportent un regard neuf sur les œuvres en nous rappelant que l’œuvre d’art est polysémique et que son sens dépasse bien largement celui qui est donné par l’artiste au moment de sa création.
 
Stephen Wright - Le Labyrinthe retourné
L’argument principal de la communication de ce philosophe se résume à l’hypothèse que l’art se trouve désormais sans extériorité —privé de l’expérience de tout dehors— ce qui le laisse vidé de son intériorité, de tout ce qui lui donnait forme, altérité, consistance.
 
Stephen Wright a amorcé sa communication en évoquant un éventuel « retour » de l’objet dans l’art, qu’il qualifie d’épiphénomène pour en amoindrir et invalider la portée significative. Après un tour d’horizon d’expositions récentes [Unmonumental: The Object in the 21st Century , exposition inaugurale au New Museum de New York, Geoffrey Farmer au MAC de Montréal, Loris Gréaud au Palais de Tokyo] il postule qu’au sens de l’histoire —de l’histoire de l’art plus particulièrement— des gestes et des acquis irréversibles ont étés posés.
 
Ainsi, si l’objet —propulsé par les forces du marché— retourne vers l’avant, il est sans conséquence sur le plan de l’histoire de l’art : il s’agit fort probablement d’un épiphénomène anecdotique, sans enjeu par rapport au changement de paradigme en cours. La figure qui est de retour, mais sous forme retournée, est plutôt celle du labyrinthe. Le labyrinthe retourné décrit la condition d’un art dépourvu de son auto-définition et de son auto-compréhension; d’un art privé de ses ancrages spatiaux et historiques; d’un art non pas invisible mais plutôt invisuel, dont le coefficient de visibilité artistique est délibérément affaibli.  
 
Patrick Beaulieu – Battement. Bruissements
L’artiste Patrick Beaulieu a répondu à l’appel du 3e impérial, en proposant deux installations interactives qui réagissaient subtilement aux propos des conférenciers et faisaient écho à l’ambiance générale du forum.
 
La première, intitulée Battement, était installée dans la salle principale où le débat public se déroulait. L’œuvre consistait en une longue lignée de plumes blanches d’oiseaux migrateurs qui tournoyaient sur elles-mêmes et semblaient presque disparaître sous nos yeux. En suspension dans les airs, fixées sur une structure métallique d’une longueur de 20 pieds, elles étaient mues par une vingtaine de micros-moteurs. Cette présence silencieuse et presque immatérielle possédait son langage propre ponctué de spasme, d’accélération, d’hésitation et d’immobilisation.  Chaque moteur était relié à une console, permettant à Patrick Beaulieu de composer, de moduler et d’interagir en temps réel avec le déroulement du forum.
 
La seconde œuvre, intitulée Bruissements, était située sur le palier principal d’un escalier monumental conduisant aux étages supérieurs. Cette installation était composée de quatre petits socles —qui étaient en fait des minis hauts parleurs—  sur lesquels étaient déposées une feuille d’arbre, une plume et deux ailes d’oiseau. Ces fragments de nature étaient, eux aussi, animés de spasmes et de tremblements par l’emploi de fréquences sonores cycliques.
 
WWKA
Fidèles à leur démarche artistique, les WWKA ont offert une prestation dans laquelle elles ont exploité humoristiquement les capacités sonores de différents objets domestiques et outils culinaires détournés de leur fonction d’usage traditionnels. Les performeuses parodient les stéréotypes féminins promulgués par la société de consommation écorchant au passage l’image conformiste de la reine du foyer, laborieuse et séduisante, qui s’émancipe joyeusement dans ses tâches quotidiennes.
 
Collectif 3e impérial
Le collectif 3e impérial a assuré la direction artistique de l’ensemble du Forum l’objet retourné. Partant de la signature graphique des communications et de l’affiche jusqu’au concept sonore, à l’aménagement des salles et à la mise en espace du parcours des œuvres.
 
Le concept de base consistait à déployer autour de deux pôles —«la zone émettrice» et «la  zone réceptrice»— l’expérience du forum, investissant du même coup les couloirs et les escaliers qui relient ces deux espaces. Dans la salle tenant lieu de «zone émettrice» des chaises disparates étaient disposées tel un assemblage éclectique métaphorisant la singularité de chacun des participants et exacerbant, par jeu de contraste —forme, matière, style, usure—, le caractère d’objet de chacune des assises. Dans «la zone réceptrice», un environnement sonore immersif diffusé par des enceintes acoustiques transmettait une forme remaniée de la conférence, avec des effets de déphasages, de ralentissement, de crescendo/decrescendo, d’écho et de superpositions sonores. Figurant ainsi une sorte d’éclatement, de fragmentation et de dématérialisation du matériau «discours théorique». Dans le même espace, le collectif 3e impérial a aménagé une installation in situ, constituée de centaines de brins de laine colorée, offrant un jeu optique mêlant des effets de profondeur et d’opacité. Cet environnement, composé comme un tableau chatoyant, se lisait tantôt comme une forêt, comme une averse, comme une nuée. Sous la chute de laine, un îlot convivial de repos a été aménagé pour se prélasser et pour participer —autrement— au forum. Cette zone de confort matelassée était dotée d’une quinzaine de publications à consulter et d’autant d’écouteurs dans lesquels les conférences étaient retransmises en direct.

COMMENTAIRES / TÉMOIGNAGES

Le Forum «L’objet retourné» auquel j’ai participé en juin dernier était particulièrement fructueux: j’y ai rencontré une vraie écoute lors de mon intervention, suivie d’un débat à la fois vif et réfléchi. A vrai dire, il m’est arrivé à plusieurs reprises depuis le Forum, lors de colloques et autres conférences, d’évoquer le débat plénier à la fin du Forum comme étant exemplaire en termes de sa teneur et de son esprit – ce que je ne saurais dire de bien des autres colloques auxquels j’ai participé, loin s’en faut!  C’était par ailleurs très stimulant pour moi de mieux connaître le travail du 3e Impérial – travail que, à la lumière du Forum, je qualifierais d› «extradisciplinaire», c’est-à-dire expérimental sans être indiscipliné, ni discipliné, mais en dehors de toute discipline constituée. J’ajouterai enfin que j’ai apprécié la souplesse avec laquelle ma venue était organisée, à un moment de l’année particulièrement chargé, ainsi que l’accueil chaleureux. Stephen Wright (né à Vancouver, vit à Paris), conférencier invité au Forum L’objet retourné, critique d’art, professeur de philosophie et commissaire indépendant
 
Le plus important pour moi a résidé dans les échanges et les  rencontres développées dans le cadre du Forum. Cela a été pour moi l’occasion de découvertes, en particulier sur les artistes québécois et sur la manière dont fonctionnent, à l’heure actuelle, les arts plastiques dans la Belle Province. Cela nourrit en retour l’ensemble de ma réflexion sur les pratiques artistiques contemporaines. Et ce sont des éléments que je véhicule ensuite dans les différentes conférences effectuées dans d’autres pays et sur d’autres continents. Merci encore pour ces rencontres, ces débats, ces échanges. — Et, bien sûr, je demeure attentive à votre évolution ainsi qu’à celle des arts plastiques québécois qui m’ont paru des plus vivants. Florence de Mèredieu (Paris, France) philosophe, spécialiste de l’art moderne et contemporain, auteure de nombreux ouvrages importants dont Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne et contemporain.
 
Menant une thèse de doctorat sur l’utilisation des objets dans les pratiques artistiques actuelles, j’ai été très stimulée par les propos entendus lors du Forum organisé par le 3e impérial dont la problématique abordait directement mon champ de recherche. D’autant plus que j’ai découvert récemment les activités de l’organisme en tant qu’auteure invitée à réfléchir à la programmation 2007-2008 du centre. Les présentations m’ont permis de connaître le mandat du 3e impérial et c’est avec un réel intérêt que je choisis aujourd’hui de m’y investir davantage en siégeant à leur conseil d’administration. Julie Bélisle (Montréal), du public ayant assisté au Forum L’objet retourné
 
En 2008, le forum l’objet retourné fut à mon avis l’un des événements majeurs en arts visuels au Québec; une préparation et une gestion exemplaires de la part de l’équipe du 3e impérial, un concept inédit, des intervenants diversifiés et passionnés, un public présent et impliqué… ce fut une réussite! En tant qu’artiste invitée, le forum a provoqué une façon nouvelle d’aborder mon travail, confrontant d’ailleurs ma démarche à plusieurs idées soutenues par des participants. Le forum ayant lieu à Québec, ville où j’habite et travaille depuis plus de 8 ans, il a permis à des gens de mon entourage de saisir différents aspects de mon travail photographique. Plusieurs semaines après le forum, je discutais encore de L’objet retourné avec des collègues du milieu artistique.
Ève Cadieux (Québec, Qc), artiste conférencière invitée au Forum L’objet retourné
 
[…] Ainsi de cette décision d’amarrer un forum en suivi de la « Manif d’Art », localisé stratégiquement dans notre Capitale Nationale, hébergé dans un édifice géré par des organismes communautaires. Afin de contourner la frontalité académicienne du spécialiste confronté à son public, toute une mise en scène déviante a été mise en place qui permette de dériver un discours sans elle stérile. Habilement une délocalisation en trois lieux, escaliers compris s’installe. Des micros démultiplient cette parole qui s’envole  avec les plumes d’un ange par la grâce d’un montage subtil de Patrick Beaulieu, puisque 400 ans de cet ici semblent nous avoir définitivement ensauvagés.
 
 Des voix différentielles se répondent avec le public conquis et critique. Ce sont celles de théoriciennes telle  De Mèredieu que rejoignent des artistes tels Martin Dufrasne et Guy Blackburn. De manœuvres en relationnel, l’objet pur et dur issu du néolithique vacille et parfois devient invisible dans le numérique : l’implosion occasionnelle de l’internet est là pour nous faire souvenir de sa continuité sous les apparences de sa fragilité.
 
Sous quelque forme que ce soit, de processus en éclatement objectal, toujours cette volonté sans cesse réaffirmée du 3e impérial de s’engager dans la ligne du risque d’un art hors galerie certes, mais fortement infiltré dans sa communauté d’appartenance granbyenne. C’est ainsi que chez nous la démarche prime sur l’objectif de la marche.
Ronald Richard, Ronald & Richard, Ronald Riche-art (Saint-Joseph-de-Beauce, Qc), vice-président du 3e impérial, sculpteur, citoyen.

ÉQUIPE DE PRODUCTION DU FORUM

Comité organisateur : Danyèle Alain, Martin Dufrasne, Caroline Gagné, Thomas Grondin, Ronald & Richard et la collaboration des membres actifs : Michel Arcouette, Caroline Boileau, Murielle Dupuis-Larose
Coordination : Martin Dufrasne
Régie technique : Marie-Josée Houde
Photographie : Ivan Binet, Nina Dubois
Captation vidéo : Patrick Beaulieu, Nina Dubois, Marie-Josée Houde
Accueil : Léa Alain-Gendreau
 
Équipe du 3e impérial, centre d’essai en art actuel 
Direction générale et artistique : Danyèle Alain
Direction technique et administrative : Yves Gendreau
Assistance à la coordination et aux communications : Nina Dubois
Infographie et site web : Stéphanie Lagueux
 
Partenaires : Conseil des arts et des lettres du Québec, Conseil des Arts du Canada, Consulat général de France à Québec, Manif d’art 4 La biennale de Québec.